SOMMAIRE
Adresse au lecteur Un proème pour la mise en route Chapitre 1: Une enfance à Halicarnasse Problèmes d’identité.— Je suis bien né à Halicarnasse. — Je suis un métis. — L’autochtonie des Cariens. — Mon père. — Mon pédagogue. — Mon oncle Panyassis et l’histoire des Cariens. — J’entre dans l’histoire sans le savoir? La belle et sage Artémis. | Pages 9-12 Pages 13-20 Pages 21-34 |
Chapitre 2: La divine Samos m'a vu grandir La vraie raison de notre départ en exil.— Je découvre Samos. — Comment je suis devenu un homme de mots. Chapitre 3: Le passage d'ue berge à l'autre La vie? c'est comme un voyage.— Je deviens un passe-frontières.— Santorin, l'île mystérieuse.— On ne peut oublier ses parents.— Parlons de Mélanie et de mon fils.— A tous vents Chapitre 4: L'or et l'Orient Dans le sillage de l’Argo, le vaisseau de Jason.— Digression : l’âme et l’araignée. — Et si Jason n’était qu’un chercheur d’or ? — Ce que j’ai choisi d’écrire à propos des Argonautes. — J’arpente les routes d’Asie Mineure. — Chez le roi Midas en Phrygie. — Mes escapades dans les îles et sur les côtes de la Mer Égée. — Homère, tel que je l’ai rêvé. — Magnésie du Méandre et Sardes. — Rhodes : du trident de Poséidon aux ébranlements de l’histoire. — Deux figures chypriotes : Ariane et Dighenis. — En route vers l’Oronte où l’Occident se heurte à l’Orient. Chapitre 5: Les chaînons manquants Voici mon logos perdu, autant que faire se peut. — Prologue pour une histoire bien enchevêtrée. — Le pays d’Entre-deux-fleuves et ses déserts. — De quoi jalonner l’histoire des rois assyriens et babyloniens. — Nabuchodonosor : le roi, l’architecte, l’astronome et le quadrupède. — Au cœur du royaume, le palais. — Le panthéon des Assyriens : le Soleil a rendez-vous avec la Lune. — Écriture, culture, agriculture.. — L’eau, le sel et le bitume. — Digression sur le pouvoir tyrannique. Chapitre 6: Par terre et par mer vers l'Ouest J’aime trop la terre, cette surface entre deux abîmes… — Retour à l’araignée. — La Chersonnèse de Chalcidique. — L’Achéron et la porte des Enfers. — Le Pélion. — Béotie et Phocide. — Tours et détours à travers le Péloponnèse. — L’Arcadie. — La Messénie et la Pylos des sables. — Et Sparte ? — Petit discours olympique pour démontrer mon impartialité. Chapitre 7: La Libye, le troisième continent? A la rencontre des hommes noirs.— J'ai bien parlé des peuples noirs.— Promesse tenue: je parle à nouveau de l'écriture.— Réflexions sur les mythes généalogiques.— Merveilles en tout genre: les petits paradis libyens, le silphium, l'armoise, le cram-cram, le lotus, la rose de Jéricho, les pierres précieuses, la faune. Chapitre 8: Enfin citoyen! Mais il est bien tard Avant mon arrivée à Thourioi. — Une fondation problématique. — Je rencontre Empédocle, “ le dieu supposé ”. — De l’Agora de Thourioi à ma Thébaïde.— L’affaire Aristodikos : une ténébreuse affaire enfin résolue. Chapitre 9: Il faut bien prendre congé Le passé permet d'entrevoir l'avenir, mais ce n'est pas toujours réconfortant.— Lettre à mon ami Sophocle.—Ce vieillard est plus sérieux qu'il n'en a l'air.— En guise de testament littéraire.— Pour toute épitaphe. Glossaire | Pages 41-47 Pages 49-72 Pages 73-99 Pages 101-125 Pages 127-149 Pages 143-159 Pages 161-173 Pages 175-192 |
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Adresse au lecteur
En 2822, dans une maison de Figeac, dont les ruines auraient dérouté tout autre, un routard qui avait décidé de prendre sa retraite et de renoncer au nomadisme parce que ses jambes ne le portaient plus, voulant remédier à la décrépitude d’un mur, décrocha quelques pierres et découvrit un vieux coffre de marin dont les ferrures, protégées par les pierres sèches du Quercy, brillaient encore de mille feux. Il y trouva un vieux grimoire daté de 1822 où Champollion avait consigné le texte d’une communication devant l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et un coffret de bois de santal où se trouvaient des rouleaux de papyrus qu’un fellah lui avait confiés. Un tout petit bond d’un millénaire, parce qu’un pauvre fellah savait que les maçonneries de ses ancêtres pouvaient résister à l’épreuve du temps et voulait que ce puits qu’il était en train de nettoyer servît encore à quelque chose. Quelques bonds de plus, et voici que nous pouvions voir Hérodote sous un autre jour.
Heureusement, notre routard n’appartenait pas à la horde de plus en plus nombreuse des illettrés et il ne manquait pas de curiosité. En lisant le grimoire, il avait compris qu’il avait fait une découverte exceptionnelle.
J’oubliais de dire que ce chemineau faisait partie de ce que l’on appelle parfois la diaspora gréco-pontique, ces Grecs qui se sont éparpillés sur les bords de la Mer Noire. Qui se souvient aujourd’hui d’Andropov qui régna sur l’Union Soviétique ? Eh bien, ce nom qui sonne comme celui de l’“ homme ”, aussi vague que celui que se donne Ulysse pour berner le Cyclope Polyphème (Outis ou Personne) peut faire penser qu’il appartenait à cette diaspora. Je crois l’avoir lu quelque part dans une gazette. Issu d’une famille frappée par bien des vicissitudes, le routard portait le nom de Prosper-Livingstone Olbios. Un nom-valise, comme diraient les linguistes, pour un homme qui n’avait même pas de valise en carton, mais un baluchon de toile rapiécée.
Moi, Aristide Chaigne, fils de Tiburce, né en 1938 à Saint-Étienne, près du Col de la République et du Mont Pilat, descendant de Chouans chassés du Bocage par les colonnes infernales de Turreau ou de robins bleus originaires de la plaine méridionale vendéenne (je ne puis prouver ni l’un ni l’autre et je m’en tiendrai à ce que je sais), fils d’un père fonctionnaire de la République astreint à la mobilité (du Lycée du cours Fauriel à Saint-Étienne au Lycée Montaigne à Paris) et d’une mère canadienne anglophone qui, rêvant de planter sa tente sur les rives de la Loire, ce “ fleuve royal aux grèves blondes ” comme dit Péguy), s’était embarquée sur un paquebot pour étudier la Renaissance, professeur émérite de Grec ancien à l’Université de Saint-Cirq-Lapopie, j’ai traduit ces Mémoires d’Hérodote.
À toi de démêler le vrai du faux, comme tu devrais le faire quoi que tu lises. Mais le pseudonyme du traducteur est le vrai nom d’un maçon du bourg vendéen de Vairé que j’ai connu quand il travaillait dans notre propriété familiale du Petit Besson, toute proche du confluent de l’Auzance et de la Ciboule et du gué des Étolleries. Nous laissions le tortillard poursuivre son chemin de fer cahotant vers les Sables d’Olonne, et nous passions le gué des Étolleries avec les bagages de nos vacances, dans le char à bancs d’Yvonne, la fermière de l’Herbaudière, et de la jument Rosa.
Les Mémoires d’Hérodote paraissent donc sous un double sceau, celui d’Hérodote et celui du traducteur, d’autant plus que je me suis risqué à imaginer qu’ils pouvaient converser. Je prie donc mes amis lectrices et lecteurs d’accepter de faire quelques efforts pour déterminer qui parle, de qui je parle, à qui je parle. S’ils achoppent sur quelques difficultés pour ce faire, ils n’auront qu’à se dire qu’elles font partie du jeu.
Ce livre est par conséquent uchronique (la première lettre de ce mot est l’équivalent d’une négation ou d’une absence, comme dans utopie) et parfois babélien, dans le sens vulgaire du mot. Story et history , comme disent les anglophones, ont en commun d’être anachroniques. Elles utilisent une machine à remonter le temps, le mien et celui d’Hérodote, comme on remet en marche une vieille horloge avec une plume d’oie frottée d’huile de noix, mais le mécanisme s’affole bien souvent. Le lecteur ne doit donc pas s’étonner d’entendre Hérodote prophétiser et faire état de connaissances et de lectures auxquelles, si tout était normal, il n’aurait pu accéder. En constituant l’espace de ce livre, j’ai tenté d’explorer les instants fantomatiques d’une vie qui n’est plus et d’une vie qui, bientôt, ne sera plus.
Dans l’introduction du premier chapitre de son autobiographie, Mark Twain * écrit : I intend that this autobiography shall become a model for all future autobiographies when it is published, after my death, and I also intend that it shall be read and admired a good many centuries because of its form and method ¾ a form and method whereby the past and the present are constantly brought face to face, resulting in contrasts which newly fire up the interest all along, like contact of flint with steel. (“ Mon intention est que cette autobiographie devienne un modèle pour toutes les autobiographies de l’avenir quand elle sera publiée, après ma mort. Mon intention est aussi qu’elle soit lue et admirée un bon nombre de siècles à cause de sa forme et de sa méthode — une forme et une méthode qui confrontent constamment le passé et le présent, produisant des contrastes qui rallument l’intérêt tout au long, comme le contact entre le silex et l’acier ”). Si ces propos vous paraissent outrecuidants, n’oubliez pas que Twain est un maître de l’humour et reconnaissez tout de même qu’il n’y a pas d’autobiographie qui puisse respecter la chronologie.
Anatole France, dans un petit recueil intitulé Sur la voie glorieuse, dont quatre éditions ont paru du 26 décembre 1914 à la fin de 1915, expose clairement le dilemme : En matière d’histoire, je n’aime pas du tout les allusions. Chercher le présent dans le passé est un jeu frivole. Dès lors, il est préférable d’avouer les anachronismes et les analogies. Sous le titre “ D’après Hérodote ”, ce sceptique élégant, alias M. Bergeret, qui devint un ardent patriote, récrit le dialogue entre Xerxès et Démarate (VII, 201-204). Bien qu’il recherche une couleur antique, il croit retrouver l’homme immuable chez Hérodote et, quand il parle des Perses, c’est aux Allemands qu’il songe.
Remontée dans le temps, mais aussi analogies allègrement construites. Cependant, comme le notait l’Abbé Mably *, les Modernes ne peuvent se passer de notes de bas de page. Le temps n’est plus où l’on pouvait imposer, sans aucune justification, la parole auctoriale de celui qui prétend savoir ou le discours paragogique de la fiction. Pour satisfaire, autant que possible, la curiosité de ceux qui ne se contenteraient pas de parcourir cette narration méditative et ce méli-mélo, le lecteur trouvera, au bout du rouleau, indices et points de repère, gloses et glossaire. Jeu de pistes qui s’entrecroisent, bifurcations prévisibles ou imprévisibles, le tout signalé par de petits signets, ce que l’on appelle des astérisques. Piste aux étoiles en effet (hommes et femmes), mais aussi meuble à tiroirs, cabinet des antiques et fourre-tout des nouveautés (“ Au bonheur du fouineur ”) où j’entrepose une partie de mes souvenirs, mais aussi ce que les livres et les compagnons d’Arobase, sérieux ou farfelus, m’ont appris. Ami lecteur, si tu trouves que je n’en dis pas assez sur moi, je réponds simplement que mon autobiographie peut attendre. N’hésite pas à claquer la porte du magasin si tu juges insupportable l’odeur de la lampe à huile, comme disaient les Grecs quand ils voulaient se moquer des cuistres et des rats de bibliothèque qui ont oublié ce que c’était de vivre, va respirer au grand air de l’Enquête d’Hérodote.
Ceci pour conclure. Un galopin, ce n’est pas seulement un enfant malicieux, c’est avant tout un chemineau, comme le dit Marcel Richard, originaire de Vairé, dans Une enfance heureuse, une enfance vendéenne. Ce livre est un bon témoignage de la vie des habitants de Vairé et des environs au début du XXe siècle. Tous les lieux dont il est question me rappellent des souvenirs : la Croix Blanche, la Combe, la Brosse Maçon, le chemin des Douves et bien sûr le Petit Besson, le confluent de l’Auzance et de la Ciboule où son oncle s’est noyé, le gué des Étolleries. À ma manière, qui ne pouvait être constamment celle du Père de l’histoire, j’ai cheminé, et je sais bien que j’étais lesté de connaissances imparfaites, de réminiscences de tout ordre et du poids de mon inconscient.
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1. anne videau Le 20/02/2008 à 19:39
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