Le galopin et l'écrivain. Les Mémoires d'Hérodote, Préface

                                                       UN PROEME * POUR LA MISE EN ROUT

            Je n'ai pas l'audace de préluder en adressant une prière aux dieux, comme il conviendrait de le faire. Je te propose simplement de cheminer avec moi. Ainsi ai-je vécu. Du moins c'est ainsi que m'apparaît, dans les brumes de la vieillesse , la  vie de celui que les mortels, incapables  de ne pas choisir entre le commencement et la fin  et de joindre les deux bouts, dénomment Hérodote d'Halicarnasse ou Hérodote de Thourioi. Je ne connais que deux auteurs qui se soient risqués à écrire ce qui ressemble plus ou moins à des Mémoires d'Hérodote. Je viens d’acquérir les deux volumes de la biographie romancée que James Talboys Wheeler * m’a consacrée. J’avais lu son livre sur ma géographie, mais je ne savais pas que cet érudit fut aussi un grand voyageur qui s’intéressait à l’Orient lointain, tandis que s’édifiait l’Empire britannique. J’aurai l’occasion de parler de son livre qui n’est pas écrit à la première personne comme celui-ci. Le titre a quelque chose à voir avec ce que j’entreprends, dans la mesure où les articulations de mon livre résultent des voyages de celui que vous appelez d’un nom bien étrange, le “ Père de l’histoire ”. Je suis bien trop modeste pour me targuer de cette appellation flatteuse, d’autant plus qu’elle suppose un usage approximatif du mot “ histoire ” qui ne correspond guère à ce que j’appelle historiê, une enquête inspirée par le désir de savoir.

Imagine un cercle de jeunes pousses de châtaignier ! Ne cherche pas à creuser le sol pour savoir d’où elles viennent. Il suffit que tu voies les souches laissées par les hommes qui ont coupé des perches et des pieux pour comprendre qu’une vie souterraine va affleurer. Le jeune rameau n’a pas encore de branches, tout au plus un bourgeon terminal et quelques tumescences prometteuses. Après moi, dans toutes les directions, l’Histoire a tendu ses ramures et j’approuve les Grecs d’Orient et d’Occident d’avoir préparé l’avenir en multipliant les approches pour conserver le passé des hommes : récits de fondation, spéculations sur l’origine de notre espèce, recueils de légendes, biographies, histoire sociale dans tous ses détails. Tout cela mérite votre attention, tout autant que l’histoire politique et militaire. Mais, si nous remontons trop loin vers l’invisible qui n’a pas laissé de traces, soyons sur nos gardes. Le discours séduisant des poètes et les philosophes ne doit pas passer pour une vérité établie.

Lisez l’autre livre de Wheeler, centré sur ma géographie, et vous comprendrez que je ne suis pas un touriste superficiel, tout fier d’avoir usé ses semelles, sa monture ou son pousse-pousse, d’autant plus aveugle qu’il a accumulé les pense-bêtes et les photographies sans rien voir. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le roman de Simone Jacquemard * qui concerne essentiellement la période au cours de laquelle je vivais à Thourioi. Mais, somme toute, je me reconnais assez bien dans le livre de Pietro Citati * et dans le portrait d’Homère que nous propose Marie-Christiane Citti*. J’y reviendrai sans doute.

Voici ce que j’ai vu, entendu, pensé et rêvé. J’invite le lecteur de mes Enquêtes, dont la rédaction est désormais achevée et qui sont tombées dans le domaine public, à feuilleter paresseusement ces Mémoires après ma mort. Je lui fais confiance. Il comprendra mieux dans quelles circonstances je suis devenu le mémorialiste des siècles passés, un scribe au service des hommes et des peuples qui m’ont parlé, un logographos, un passeur de mots. Je revendique en effet fièrement le titre dont Thucydide voulait m’affubler parce qu’il cherchait à libérer son cœur de l’émotion qu’il avait ressentie en écoutant une de mes conférences. J’apprends qu’il est en train de rédiger l’histoire de la guerre du Péloponnèse en utilisant les notes qu’il a rassemblées dès le début de cette guerre. Il prétend qu’il prévoyait son importance, mais s’il s’est pris pour un prophète, il aurait dû se dire que cette prévision n’avait rien d’extraordinaire. Il est pour moi un petit frère un peu jaloux, mais je sais que viendra le temps où nos deux noms seront associés. J’imagine une médaille du Mérite Historiographique qui permettra à nos successeurs érudits, au lieu de se déchirer à belles dents en se rangeant dans le camp de l’un ou l’autre, de jouer aimablement à pile ou face (avers et revers), ou une statue pilier à deux faces, la sienne et la mienne, un double kolophôn. *. Curieuse histoire que celle de ce mot auquel tu as consacré quelques pages ! Il désigne à la fois la ville ionienne de Colophon, une statue pilier qui ne représente que le buste, ou le sommet d’un édifice. Mais il désigne aussi une idée qui résume un discours, un comportement ou un événement considérés comme un paroxysme ou un point d’orgue. Enfin, le colophon, c’est aussi le logo d’un copiste ou d’un imprimeur. Deux faces aussi fictives l’une que l’autre, puisque nos lecteurs ne cesseront d’interpréter à leur guise nos deux figures. On ne sait si elles regardent le passé, l’avenir ou tout simplement le présent. Figure symbolique, aigle à deux têtes dont le regard olympien parcourt le temps (aiôn et non chronos) dans tous les sens. Mais il est bien difficile d’apprivoiser ce dragon * dont le regard lance-flammes pétrifie toutes choses et les rejette dans les marais de l’oubli. Sans cesse Cronos, ou Chronos si tu préfères, dévore ses enfants. J’apprécie que vous rappeliez aux vivants qui paradent sur terre qu’ils devront se résigner à ne plus être que de pâles figurants, quand ils rejoindront la danse macabre.  Mais nos monstres valent bien les vôtres. Pline l’Ancien décrit un cobra cracheur couronné d’une tache blanche qui se déplace appuyé sur le milieu du corps. Selon une légende, la cockatrice, souvent confondue avec le basilic, ressemble à un serpent avec une tête et des ailes de coq, et des plumes jaunes. Elle vient d'un œuf de coq couvé par un crapaud et son regard pétrifie comme celui de la gorgone, mais elle craint le chant du coq et son image reflétée dans un miroir. Comment rendre compte des circonvolutions du dragon Ouroboros “ qui se mord la queue ” et marche dans les deux sens (amphisbène), de l’aiôn qui tour à tour progresse et régresse ?

Quand j’écrivais mon Enquête, j’étais bien obligé de me montrer prudent dans l’expression de mes opinions. Mais j’ai toujours pensé qu’il était préférable de suggérer plutôt que d’imposer sa pensée, parce que les traits d’humour sont plus efficaces pour susciter la réflexion de nos congénères que les flèches acérées de ceux qui pensent détenir la vérité. Il faudrait savoir lire entre mes lignes et passer les frontières de tel ou tel logos, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. Il ne faut pas croire que le livre écrit reproduise exactement les récits tels que je les racontais lors d’un banquet, à la palestre ou lors d’une fête. Chez les Corinthiens par exemple, je ne pouvais m’étendre sur le comportement de leurs pères lors de la bataille de Salamine. Selon les circonstances, je pouvais être laconique ou bavard comme un pilier de cabaret, multiplier les commentaires et les explications ou me contenter de rappeler les épisodes essentiels, sans perdre le fil. J’imagine que mon costume et les inflexions de ma parole devaient être un sujet d’étonnement pour ceux qui m’écoutaient et, comme Ulysse, ou comme les convives de l’agréable dîner imaginé par Xénophane, j’ai dû répondre de bonne grâce aux questions de ce genre : “ Qui es-tu ? Quels sont tes ascendants ? Quel est le nombre de tes années, très cher ? Quel âge avais-tu quand le Mède est venu ? ” Parce que je n’avais pas de texte écrit sous les yeux, la même histoire, racontée par moi ou par d’autres que je désirais surpasser, était à la fois reconnue et toujours changeante comme les ciselures d’un objet d’orfèvrerie, la trame d’un tissu chamarré ou l’onde marine. Enfin, j’ai raconté beaucoup plus que je n’ai écrit, puisque mon Enquête ne va pas au delà de la fin des guerres contre les Perses. Simonide *, Phrynichos *, cet élève de Thespis qui fonda la tragédie, et Eschyle prouvent que la poésie peut célébrer les événements auxquels nous avons assisté ou dont nous pouvons encore rencontrer les témoins. Bien que je ne sois pas poète, je dois aux récits de ma mère et aux récitations de Panyassis cette mémoire verbale et visuelle qui fait de moi un intarissable bavard, mais aussi un rhapsode capable d’enfiler les perles, je veux dire les pierres disjointes d’un passé plus ou moins fossilisé.

Si j’ai souvent brouillé les pistes en me contentant d’exposer la diversité des récits, je n’ai jamais menti et je suis assuré de trouver, face à la vilenie des cuistres qui épluchent le discours comme un oignon et tournent autour de lui comme des maniaques au lieu de sucer l’os jusqu’à la moelle, des défenseurs qui ne bouderont pas leur plaisir et le feront avec humour. Plus que jamais, à l’approche de la mort, je suis à l’abri des ambitions et des passions qui mettent sous la dépendance d’autrui. Je n’obéis à aucune injonction. Bien que je doive me résigner à la sédentarité, j’ai planté ma tente dans un pays où je n’ai pas de racines. Ah ! puissé-je ne pas être obligé, une fois de plus, de partir pour d’autres cieux ! Je redoute que la ville sicilienne de Thourioi * ne se rebelle un jour contre la cité mère et j’entends déjà, dans les ruelles ou à l’assemblée, des propos désobligeants qui dénoncent l’arrogance des Athéniens. Comment pourrais-je contester que les Athéniens ne savent pas tenir en place et qu’il leur arrive de renier les principes qui ont fait leur grandeur : tolérance à l’égard des étrangers, égalité des droits pour tous les hommes libres ? Après tout, ils sont un peu responsables de mes errances puisqu’ils ont restreint l’accès à la citoyenneté athénienne (il faut être né de père et de mère citoyens athéniens). Mais peut-on parler d’exil quand on est citoyen du monde comme je me flatte de l’être ? Vous avez bien de la chance de pouvoir lire les Stoïciens, Cléanthe, Zénon ou le Romain Sénèque qui ont su trouver de nouveaux arguments pour développer ce que je viens de dire. Mais je ne saurais mettre sur le même plan le cosmopolitisme des privilégiés qui partent en voyage d’affaires ou pour découvrir le monde, et les pauvres hères qui ne peuvent plus se nourrir dans leur mère patrie. Tenez, je trouve scandaleux que vos journaleux ou vos politicards osent dire que ces malheureux rêvent de l’Europe comme d’un Eldorado. Messieurs, plongez-vous dans les livres d’Histoire et méfiez-vous des stéréotypes !

Je vous écris de nulle part, je suis déjà ailleurs.

Pourtant, c’est encore moi ce vieillard dont les muscles et les tendons gardent quelque chose de l’allégresse de la jeunesse et de l’âge mûr.  L’enfant chétif que j’étais comprit bien vite que ses parents avaient raison de l’astreindre aux efforts du gymnase et de la palestre. Je leur sais gré d’avoir insisté et d’avoir secoué ma nonchalance, mon désir de tranquillité et mon humeur pacifique. Je leur dois de ne pas avoir trop souffert des caprices des flots et, quand les mots ne suffisent plus pour ramener à la raison ceux qui ne font confiance qu’à leurs muscles, je ne suis pas enclin à tendre la joue gauche. Mais, tout comme Xénophane de Colophon (et d’Élée), je ne suis pas fasciné par l’athlète qui fait ses tours de piste, endurcit ses poings en martelant ses adversaires et projette au loin le disque dans lequel il ferait mieux de se mirer pour constater que l’effort déforme ses traits et lui donne le visage haineux d’un  guerrier de pacotille. Pour rendre gloire aux protagonistes de mon histoire, je n’avais pas l’intention d’écrire des odes triomphales et je m’intéresse autant aux vaincus qu’aux vainqueurs. Je ne suis ni Pindare, ni Simonide. Je soupçonne que ce rapprochement paraîtra injurieux pour le premier de ces deux poètes, le poète thébain, mais je constate que le vainqueur, que l’on honore en couronnant sa tête d’un pauvre rameau ou en lui consacrant une ode, est souvent un grand de ce monde, parfois même un tyran, comme Anaxilas de Rhégion que célèbre Simonide.

Je préférais m’endurcir en cheminant obstinément à travers garrigues et marais, le long des portiques et dans les rues des cités des hommes. Désormais, je préfère nager et affronter les vagues de la mer en guettant l’instant où l’ondine que j’ai déjà rencontrée sortira de l’écume de la mer. Je me suis même risqué à lui demander son nom. “ Parthénopé ” *, me répondit-elle en faisant luire ses yeux de braise. Si j’avais été plus jeune, il eût été prudent de m’attacher comme Ulysse au mât d’une barque.

Je savais que l’innocence de ma petite ondine la mettait à l’abri des sombres pressentiments et je n’avais pas l’intention de lui infliger ma science mythologique. Savait-elle qu’elle portait le nom d’une des sirènes auxquelles Ulysse avait échappé ? Cette sirène avait disparu dans les flots de la mer tyrrhénienne, à proximité des rives où des colons de Cumes fondèrent Parthénopée. Mais je connais une autre version de l’histoire de Parthénopé, bien plus riche que ce que je viens d’écrire. En effet, j’ai appris plus tard que les habitants de Zeugma *, où Alexandre le Grand passa l’Euphrate et où son lieutenant Séleucos Nicator fonda une ville très florissante, racontent le roman d’amour de deux Phrygiens, Parthénopé et Métiokhos. Une mosaïque devait immortaliser leur union, mais un triste sire s’avisa de la découper et de dérober Juliette en la séparant de Roméo. On m’apprend que la mosaïque restaurée se trouve depuis 2000 au Musée de Gaziantep. Mais un espace blanc les sépare à jamais. Elle avait fait le vœu de demeurer jeune fille (comme son nom l’indique), bien qu’elle fût éprise de Métiokhos. Elle coupa sa chevelure et s’exila en Campanie où elle se consola en se consacrant au Dieu du vin. Elle devint Sirène parce qu’Aphrodite lui en voulait d’avoir refusé l’amour. Je vais faire état d’autres découvertes qui prouvent que cette histoire a suscité l’imagination des conteurs et la curiosité des chercheurs. Tomas Hägg, que vous considérez comme l’un des meilleurs spécialistes du roman grec, met en relation un papyrus fragmentaire, le martyrologe de Saint Bartanuba qui transpose les souffrances de Parthénopé et sa dévotion pour Métiokhos pour l’adapter à la religion chrétienne, et un roman perse du XIe siècle, Vamiq et Adhra. Mais ce n’est pas tout : de même que Callirrhoé est présentée dans le roman de Chariton comme la fille du Syracusain Hermocrate dont il est question dans Thucydide, Parthénopé devient la fille de Polycrate de Samos et Métiokhos le fils de Miltiade le Jeune ! D’Orient en Occident, par des voies assez mystérieuses, les figures légendaires se promènent et viennent se greffer sur d’autres cultures pour produire d’autres histoires encore plus merveilleuses qui paraissent d’autant plus vraisemblables que l’environnement historique est bien réel.

Les lignes que j’écris aujourd’hui sur ma terrasse ouverte aux quatre coins de l’horizon (comme sur cette montagne que les Provençaux, qui ont remplacé les Grecs et les Romains, appellent  la montagne de Quatre Heures, parce qu’ils ont oublié leur langue) viendront s’ajouter aux rouleaux que j’ai déposés dans l’endroit le plus sec de ma demeure. L’osier qui pousse sur les bords du Krathis m’a servi à fabriquer le siège sur lequel je suis assis à l’ombre d’une lambrusque dont les vrilles s’accrochent aux poteaux de cyprès que j’ai disposés à l’angle nord-ouest de ma demeure. Que grâces soient rendues aux modestes artisans qui ont su tirer parti des cannisses, de la paille et de la boue pour confectionner une tonnelle qui aurait certainement fait le bonheur des hommes d’autrefois ! Quand la bise vient à souffler, j’installe mon fauteuil près du four et je déplace la pierre de devantelle qui barre l’entrée de l’alandier pour avoir un peu plus de chaleur. J’utilise ici les mots que les archéologues utilisent à propos des fours dans lesquels on cuisait les amphores. 

Le chiffre que je préfère à tous les chiffres, c'est le quatre. Mon imaginaire n'est pas assez géomètre pour sortir du carré magique où je voudrais enfermer le monde et je ne suis pas assez pythagoricien pour m'étendre sur la puissance des nombres, la triade qui symbolise la complétude, la tétrade où toutes choses se résument, le dix et le douze, cent quarante quatre, trois quatorze cent seize... Il est encore plus difficile d'enfermer le monde dans quatre lignes qui se recoupent que de penser ou d'opérer la quadrature du cercle t la duplication du cube.

Nous les Grecs, nous avons du mal à choisir entre une comographie circulaire qui représente les continents comme des archipels séparés par des golfes, les eaux primordiales du fleuve Océan entourant le tout, et les représentations qui enferment le monde dans un schéma quadrangulaire ou trapézoïdal, la table sans doute (trapeza) où nous festoyons en attendant de rejoindre le ciel. Connais-tu cette comparaison étrange que l'on touve dans la Géographie de Strabon (II, 5, 5)? Il dit que notre monde, celui des Podes, où les hommes n'ont pas en principe la tête à l'envers, si l'on suppose comme vous une sphère et des Antipodes, ressemble à une fleur d'artichaut ou de panicaut, sans doute parce que le livre du monde doit être effeuillé en douceur si l'on prétend en connaître le coeur, cette petite réserve de fourrage et cette coupe moelleuse qui ressemble un peu à certaines représentations de notre terre flottant sur l'eau primordiale. 

Je me suis donc contenté d'errances qui tentaient d'épouser les mouvements que l'on constate tous les jours dans l'univers: du centre à la circonférence au centre (catabase et latence), en droite ligne pour me rapprocher de l'horizon ou en cercle pour rejoindre le point de départ, faute de revenir au foyer. Il n'y a pas d'Hestia qui me soit propre et ma noble mère n'a pas réussi à me persuader que rien ne vaut la chaleur du foyer de la maison où l'on est né. 

Ce livre, à tout prendre, n'a pas d'autre forme que celle qui résulte des quatre directions qui furent celles de mes voyages, le lever et le coucher d'Hélios d'où s'élancent l'Eurus et le Zéphyr, le zénith méridional et le septentgrion qui nous envoient Notos et Borée, bien que je connaisse d'autres noms de vents. Feu lumineux et souffle igné qui nous anime, air qui laisse passer al lumière et nous inspire, eau qui coule et s'agite comme notre âme rêveuse, terre qui nous sert de socle et de racines et qui servit à modeler notre chair. Dans notre corps, quatre humeurs, la bile qui nous monte au nez comme la moutarde, le sang qui nous fait horreur quand il est versé parce que c'est lui qui réchauffe notre corps, la pituite qui nous fait transpirer, pleurer et cracher, la mélancolie qui fait de nous de peprpétuels insatisfaits. Pélerin des quatre saisons, je ne puis offrir quze le bouquet changeant de mes observations et de ma réflexion.

Le vieillard évanescent que je suis devenu, vous le trouveriez sans doute un peu falot, comme un lumignon de terre cuite qui vient à manquer d'huile. Je ne mérite sans doute pas d'être considéré comme un phare de l'manité. Mais savez-vous ce que c'est qu'un falot? Près du moulin de la Guyonnière, sur la commune de Saint Julien des Landes en Vendée, un falot,  sur une éminence de 46 mètres, faisait office de fanal ou de phare. Un vase de pierres y était rempli de matières inflammables. Si j'ai brillé de quelques feux au cours de mon existence, si j'ai rempli dignement mon office de sémaphore en parlant, en écrivant, je veux bien que l'on me dise falot. J'ai d'ailleurs l'impression que l'un de vos poètes les plus cocasses et les plus désenchantés, Jules Laforgue, jouait sur le mot falot, en connaissance de cause, dans uen complainte. Successivement, dans ses strophes, les feux follets, la lune, un train perdu dans la nuit, l'oeil d'or du phare, le fagot qui bientôt réchauffera le fricot, la lanterne qui tremblote, le lumignon de papier, le réverbère qui accueille le soiffard, les beaux lacs de l'idéal, projettent la lueur vacillante de toute vie, si pauvre soit-elle. Ne la mettons pas sous le boisseau! N'oublions pas de l'alimenter! Un peu de ferveur pour réchauffer notre coeur, quelques braises pour accueillir le malheureux. 





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Dernière mise à jour de cette rubrique le 03/06/2007